Mon alimentation sur la TDS : ultra trail de 145km autour du Mont Blanc

Mardi 29 août 2023 à 0h40, le départ a retenti. Les 1700 traileurs emmitouflés dans leur tenu d’hiver s’élancent dans les rues animées de Courmayeur pour rejoindre Chamonix par les crêtes.

Le parcours de la TDS est en principe de 145km et 9000m de dénivelé positif. Cependant, l’organisation a modifié le parcours à la dernière minute pour éviter la partie dangereuse compte tenu des conditions climatiques hivernales et donc à risque. Le nouveau parcours, plus roulant, fait environ 155km pour le même dénivelé.

Après 32h27 de course incluant 2 nuits blanches et des problèmes de pieds, j’arrive à Chamonix à la 227e place au général et 22e féminine. Près de 50% des participants ont abandonné en cours de route.

Hormis les conditions climatiques prises peut-être à la légère par certains (quelques hypothermies) et bien entendu les blessures inhérentes aux épreuves en montage, de nombreuses personnes sont contraintes d’abandonner à cause de problèmes gastro-intestinaux.

Je trouve donc opportun de partager nos expériences pour permettre à chacun de trouver des solutions.

Mon alimentation :

C’est le grand point positif de ma course, je n’ai subi aucun problème gastro-intestinal. J’ai réussi à bien gérer l’alimentation. Cependant, nous sommes tous différents, chaque course est également différente des autres. Notre préparation physique et psychologique, notre alimentation en amont, notre santé, ou encore notre état de stress influent sur notre système digestif pendant l’épreuve.

J’ai fait le choix de manger beaucoup de fruits. L’UTMB est réputé pour proposer des ravitos variés et des quantités suffisantes pour tous. Bien sûr manger beaucoup de fruits sur ce type d’épreuve n’est pas à recommander systématiquement ; il faut avoir un organisme habitué à manger des fibres. A contrario, les conséquences pourraient être désastreuses.

Pendant 15 jours avant la course, j’ai fait une large place aux légumes du jardin, en augmentant légèrement l’apport en fibre, et ainsi voir la réaction de mon organisme. Les 3 premiers jours, j’ai senti que mes intestins vivaient cette petite modification.

Les électrolytes à mettre dans l’eau sont une source sûre d’oligo-éléments pendant une course, surtout si l’organisme n’est pas habitué aux fibres présentes dans les fruits. J’ai fait le choix de m’en dispenser pour tenter une autre approche, plus naturelle.

Outre les fibres, les fruits sont également source d’oligo-éléments, de minéraux et de vitamines. Ils sont également riches en glucides et protéines. À noter que les vitamines sont tout simplement des acides et qu’ils ne sont pas supportés par tous de la même manière.

J’ai donc fait ce choix « fructivore » (mais pas que !). J’ai ainsi mangé : de la pastèque, des pommes, des bananes et des oranges. Egalement un peu de citron.

Bien sûr, j’ai mangé aussi d’autres aliments pendant ces 32h30 de course ! Tout en faisant néanmoins attention à certaines combinaisons alimentaires.

À la base vie de Beaufort (100km, 17h30 de course) j’ai mangé des pâtes à la tomate avec gruyère.

Puis j’ai mangé à 2 autres ravitaillements qui ont suivi du riz blanc froid. Je n’ai pas ajouté le bouillon car cela se transforme systématiquement chez moi en douleurs abdominales pendant plusieurs minutes. Je précise que dans mon quotidien, je prends uniquement des soupes maison. Je connais l’index glycémique du riz blanc, mais d’un autre côté, il est bien assimilé par l’organisme, « rempli » le ventre et nourrit le cerveau qui en a besoin.

Avant Beaufort, vu la météo, j’ai fait le choix de ne manger qu’aux ravitaillement pour éviter de retirer mes gants.

Je connais mon corps, (et mon syndrome de Reynaud) ; en cas de météo extrême, celui-ci a dû mal à garder sa température, je prends donc simplement soin de lui. J’ai donc fait le choix d’éviter de transpirer, pour éviter de perdre trop de minéraux et pour ne pas avoir des vêtements trempés. J’ai bien sûr bu mes flasques remplies d’eau plate.

Il convient peut-être de préciser qu’il n’a pas cessé de neiger ou pleuvoir, sous un brouillard épais et des températures proches de -15 degrés en altitude. La boue également présente, impose des mouvements plus « musclés ».

J’ai également mangé aux ravitos un snickers (pour mes papilles et surtout mon cerveau !), et un peu de pain, fromage, saucisson local aux noisettes.

J’avais emporté dans mon sac une compote, une barre aux céréales et graines salées, des pates de fruits et un gel pour faire comme tout le monde.

J’ai bu un café le 1er matin, une infusion et un petit verre de coca quasiment à chaque ravitaillement. Cette petite boisson que je ne bois jamais dans mon quotidien, me fait envie pendant les activités très longues. Je pense qu’inconsciemment, on se rappelle les vertus très nettoyantes de celle-ci, mais aussi le besoin en glucide demandé notamment par le cerveau ! En outre, son apport en caféine m’est plus digeste que celui du café, qui brule et fait fondre mon petit gobelet réutilisable en plastique.

Outre les fruits, ma ligne de conduite qui j’ai réussi à suivre :

  • mâcher le plus possible en me forçant à saliver, pour éviter de trop solliciter mon estomac, mis à mal.
  • faire attention aux associations alimentaires au cours d’une même prise alimentaire.
  • observer des petites périodes de repos entre chaque absorption alimentaire.

À noter que j’ai eu un problème d’ampoules de belles envergures dès le 26e kilomètres (mon stage d’alpinisme effectué avant la TDS a fragilisé mes pieds : un bel et douloureux apprentissage !) ce qui a nécessairement eu un impact sur mon allure, mon rythme cardiaque, mon assimilation alimentaire, la quantité des aliments, mais aussi mon mental. Ce qui en fait une expérience unique !

Axe d’amélioration : à la base vie de Beaufort, je souffrais tellement au niveau de mes pieds, que j’ai oublié de prendre de la nourriture que j’avais dans mon sac d’allègement.

Je suis contente d’avoir vécu cette aventure en autonomie, sans assistance, ce qui est très important pour moi (outre les impacts environnementaux des accompagnateurs parcourant parfois des centaines de kilomètres pour suivre), mais avoir une assistante permet de mieux gérer l’alimentation, et donc la performance.

Enfin, grâce notamment à mon entrainement, mon allure rythmée mais suffisamment « cool » n’a pas mis à mal mon organisme, le laissant ainsi capable de rester lucide et de continuer à fonctionner comme il peut !

En période de canicule (ce qui était le cas quelques jours avant) mon alimentation aurait été différente, notamment sur l’apport en sodium, et plus généralement en minéraux.

En conclusion, il faut connaître au mieux son organisme, être honnête avec soi-même (par exemple sur le manque d’entraînement ou le sur-entrainement qui par répercussion influe sur de nombreux paramètres, dont le manque de lucidité), prendre soin de son microbiote avant la course. Mais nous sommes tous différents !

Pendant cette aventure, j’ai fait une rencontre inoubliable, avec une belle personne avec qui j’ai partagé les dernières heures de course. Un grand merci Axelle, sans toi l’aventure aurait été différente !

Dans l’attente de la prochaine aventure pour affiner mes dires et enrichir mon expérience !

Vidéo de l’organisation ;